Un autre regard sur le sport mécanique

L’Afrique, terre de Formule 1…

25 août 2007

L’Afrique, terre de Formule 1…

Chronique 13

Cette treizième chronique, après deux consacrées à des pilotes, nous ferra visiter un pays, ou plutôt des pays : les pays d’Afrique. Il est vrai que la F1 est, et reste, quoi que l’on en dise, un sport Européen, la Formule 1 est un sport de gens fortunés, ce qui est plutôt rare outre-Méditerranée. La Formule 1 a longtemps aussi été un sport de blancs, en effet, seuls deux pilotes noirs auront roulé dans des F1, dont un seul en course, le britannique Lewis Hamilton. Maintenant, prenons l’avion, remontons le temps et regardons de plus près les trois nations qui ont une histoire automobile au plus haut niveau, bonne lecture !

Tout commence il y a 50 ans. L’Afrique est en pleine décolonisation : les indépendances se succèdent, dans la paix (Maroc, Congo…) ou dans la violence (Algérie…). Ce premier pays, justement, verra le tout premier grand prix Africain de l’histoire : la course de Casablanca (Ain-Diab plus exactement). Le Maroc, depuis le départ des Français un an plus tôt, a toujours des attaches Européennes, ainsi, le gouvernement du roi Mohammed V, sous la pression des Français, décide d’organiser une course. La première course se déroule en 1957, mais elle ne compte pas pour le championnat du monde. C’est le Français Jean Behra qui s’impose, devant Stuart Lewis-Evans et Maurice Trintignant. L’année suivante, la course compte au championnat. Ce grand-prix, où la majorité des spectateurs est composée de Français étant restés au Maroc, est le dernier de la saison, disputé le 19 Octobre. Il verra la victoire du britannique Stirling Moss, devant les deux Ferrari de son compatriote Mike Hawthorn et de l’américain Phil Hill. Cependant, la sécurité n’est pas exemplaire, ainsi, de nombreux accidents émaillent l’épreuve : Au quinzième des 53 tours, Wolfgang Seidel est victime d’un accident, sans gravité heureusement, de même pour Olivier Gendebien au 29e. De son côté, le vainqueur de l’année précédente, Jean Behra, casse son moteur au 26e tour. Mais la tragédie survient au 41e tour : second l’an passé, Lewis-Evans est victime d’une rupture d’un élément mécanique : devenue incontrôlable, sa Vanwall va s’écraser sur les barrières puis s’embraser. Grièvement brûlé, il est évacué puis rapatrié en Grande-Bretagne, où il va décéder 6 jours plus tard. Il avait 28 ans etStuart Lewis-Evans, Ain-Diab 1958 venait, conjointement avec Tony Brooks, d’offrir le titre de champion du monde des constructeurs à Vanwall. L’équipe ne s’en remettra jamais et devra disparaître en 1960, sans n’avoir jamais pu remarquer de points. Dans ces circonstances, la victoire de Moss, le titre pour Hawthorn (qui lui décèdera 3 mois plus tard dans un accident de la circulation) paraissent anecdotiques. La sécurité précaire, les décisions du roi Mohammed V visant à s’éloigner des anciens empires coloniaux et le début des rivalités avec l’Algérie auront raison du Grand Prix du Maroc.

Bien que le Maroc soit indépendant, ce n’est pas le cas de tous les Etats Africains, ainsi, l’actuel Zimbabwe est une colonie Britannique nommée Rhodésie du sud. Même si il n’y eu aucune course dans ce pays, la plupart des pilotes Rhodésiens (de facto britanniques) sont réputés sur les courses de F2 sud-africaines. La Rhodésie pouvait s’enorgueillir, malgré le fait de n’avoir eu que 6 pilotes, d’avoir réalisé un podium en Formule 1, grâce au talentueux John Love (décédé il y a un peu plus de deux ans), lors du Grand Prix d’Afrique du sud 1967, disputé à Kyalami. Love est le type même du pilote « local », il n’aura quasiment jamais disputé une course en Europe. Ses aventures en sport automobile le mèneront au plus loin en Angola, terminant 3eme d’une course en 1958. Sur ses 10 courses en Formule 1, il participera à neuf, toutes en Afrique-du-Sud. Sa non-qualification est en Italie, lors du Grand-Prix de Monza 1964. Pendant ce temps, il remporte plusieurs championnats sud-africains de Formule 1 (1964, 1965, 1966, 1967, 1968, 1969). Il se retire de la compétition en 1973. La Rhodésie aura également eu une équipe (Realpha) qui n’aura cependant jamais participé à une course, son fondateur se tuant alors qu’il se rendait au Grand-Prix d’Afrique-du-Sud 1965 en avion.

La dernière nation Africaine à avoir une histoire en F1, est, vous vous en doutez, l’Afrique-du-Sud. Cet Etat a également l’histoire (en F1) la plus riche des trois pays Africains. Tout commence en 1961 avec Tony Maggs. Ce pilote talentueux s’exile en Europe et participe a deux courses cette année : à Aintree (13e) puis au Nurburgring-Nordshleife (11e). Encourageant pour des débuts. Afin de récompenser le pays ségrégationniste et pour offrir une chance aux Britanniques de Rhodésie ainsi qu’a quelques riches blancs sud-africains de démontrer leur talent en Formule 1, un grand prix est organisé a partir de 1962, à East London. Cette course, la dernière de la saison, se déroule le 29 Décembre et voit la victoire, et le sacre, de Graham Hill. Les sud-africains (5 au départ) réalisent un podium avec Tony Maggs (qui réalise sont second podium de l’année). En 1963, malgré 6 pilotes au départ, les pilotes sud-africains ne marquent pas de points, et Jim Clark remporte la course, nous sommes le 28 Décembre 1963. En 1964, le grand prix est suspendu, mais il revient un an et trois jours seulement après la précédent édition : en effet, la course d’East London 1965 a lieue le 1er Janvier et c’est de nouveau Clark qui l’emporte. En 1966, la course est de nouveau suspendue, mais revient l’année suivante sur le tracé de Kyalami : exit la chaleur, la poussière, le sable de la côte d’East London, voici le tracé des plateaux, à 1 500 mètres d’altitude. Pedro Rodriguez remporte sa première victoire. Alors que John Love finit sur le podium, aucun des deux sud-africain au départ ne rejoint la fin de la course. En 1968 la course a de nouveau lieue le 1e Janvier, une nouvelle fois aucun indigène ne finit la course, mais Kyalami 68, c’est surtout la dernière grande victoire de Jim Clark, l’écossais met 25 secondes à Hill, second. Le prodige de Kilmany se tuera 4 mois plus tard à Hockenheim. En 1969, Jackie Stewart remporte la course, marquée par de très nombreux problèmes dus aux ailerons arrière qui font leur apparition. En 1970, les ailes sont moins hautes, mais Brabham survole tout de même une course dont il aura mené les 3 quarts. La course de 1971 est le théâtre de la première victoire de Mario Andretti, le 6 Mars 1971 (depuis 1969 les courses ont lieues en Mars). En 1972 débarque en F1 le premier sud Africain assez sérieux pour participer à un maximum de courses du championnat : Jody Scheckter. La course Sud-Africaine est, elle, remportée par Denny Hulme. Finalement, Scheckter s’avère, en 1973, être un véritable kamikaze : il collectionne les abandons, y compris durant son GP national, remporté par Stewart. Le jeune fou est également responsable du plus grand carambolage de l’histoire de la Formule 1, à Silverstone : il réussit l’exploit de mettre 9 pilotes au tapis dès les départ, sans compter les voitures endommagées. L’année suivante, Scheckter, assagi remporte deux courses : en Suède et en Grande-Bretagne alors que Reutemann remporte le GP Sud-Africain. En 1975, Jody est rejoint par Ian, qui quittera rapidement la F1, faute de résultats. Jody gagne lui sa course nationale : une grande première. En 1976, Scheckter gagne en Suède, et finit 4eme chez lui, au pied d’un podium sur lequel figure en bonne place Niki Lauda. En 1977, Jody gagne 3 courses alors que son frère participe a toute la saison. Le Grand Prix national est quant à lui endeuillé : Au 22eme tour, Zorzi, sur sa Shadow est arrêté : moteur cassé. Deux commissaires traversent la piste pour venir lui porter secours. Hans-Johackim Stuck évite de peu les commissaires. Derrière, l’autre Shadow, celle de Tom Pryce, surpris, ne peut éviter l’un d’eux et va le percuter. Le choc est tel que le commissaire (Jorgen Van Juuren) sera quasiment coupé en deux, alors que son extincteur va heurter le casque du pilote Anglais. Les deux jeunes hommes périront instantanément, mais ce n’est pas fini : la Shadow s’en va continuer sa route et percuter Jacques Laffite, qui, n’ayant pas vu le carnage, pense que Pryce veut le dépasser et lui ouvre la porte, un geste qui lui sauvera vraisemblablement la vie. Niki Lauda remporte la course malgré un débris de la voiture de Tom Pryce coincé sous sa voiture (photo) … En 1978, Ronnie Peterson (qui devra mourir quelques temps après à Monza) remporte la course. Arrive alors la saison 1979 : Villeneuve remporte la course Sud-Africaine devant Scheckter, mais ce dernier n’a pas dit son dernier mot : à la force et au courage, celui qui était seulement 3eme après 5 courses, va remporter 3 courses (Belgique, Monaco, Italie) puis assurer la tête du championnat jusqu’à la victoire. C’est le dernier titre pilote de la Scuderia Ferrari avant 21 ans… En 1980, dépassée, la Rossa échoue lamentablement, et son champion ne marque aucun point. Arnoux apporte la 3e victoire d’une Renault lors de la course de Kyalami, devant deux autres Français : Laffite et Pironi. Le grand Prix des Etats-Unis Est de 1980 est la dernière course d’un pilote originaire d’Afrique-du-Sud à ce jour : Jody Scheckter se retire définitivement. Cependant, les courses ne s’arrêtent pas. En 1981, une crise éclate entre la FISA et la FOCA, sur un fond météorologique (la Fisa veut déplacer la course en Avril pour un meilleur climat). Des équipes (Ferrari, Alfa Romeo et Renault) boycottent la course. Une course remportée par Reutemann mais qui fut déclarée hors-championnat à la vue des circonstances. En 1982 Alain Prost s’impose, puis Riccardo Patrese, Niki Lauda et Nigel Mansell en 1983, 1984 et 1985. En 1984, c’est a Kyalami qu’un grand champion, qui nous a malheureusement quitté bien trop tôt, marque sonpremier point : Ayrton Senna. Il finit 6eme. En 1986, la FIA décide de supprimer la course Sud-Africaine du calendrier. Elle revient cependant en 1992, toujours à Kyalami, mais le circuit à changé, il a été modifié, mutilé plutôt et présente un tracé lent et sinueux, rien à voir avec le précédent. Mansell s’impose en 1992, Prost en 1993, mais la course ne suscite pas de véritable intérêt et est supprimée du calendrier 1994. Coïncidence ou non, mais la fin des courses en Afrique-du-Sud correspond exactement à la date d’abolition de l’apartheid…

L’Afrique, sans avoir un rôle important en Formule 1, a contribué à son histoire, à travers trois pays différents, trois époques différentes. Deux pays au cœur de la décolonisation, un Etat raciste… Finalement, la F1 Africaine était peut être un peu trop Européenne…

Coyote37

Photos :

Introduction : Carte des pays aillant accueilli la F1, d’après une carte Wikipedia. (les drapeaux datent de l’éqoque où les courses étaient organisées).

Photos F1 : F1-facts

 

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