Une équipe, des pilotes, des caractères….
12 août 2007Une équipe, des pilotes, des caractères…
Pour ce retour des chroniques, je vous propose un sujet d’actualité : les plus beaux duels au sein même d’une équipe, depuis 1950. Aujourd’hui, Alonso et Hamilton, chez McLaren, ont des relations quelques-peu tendues, mais qu’en était-il vraiment dans les générations précédentes de pilotes ?
Les duels, au sein d’une équipe, débutent au moment même de la création du championnat du monde de Formule 1, à une tout autre époque, une époque ou à chaque grand-prix, les pilotes risquaient leur vie, une époque ou les pilotes n’étaient pas forcément des privilégiés, une époque ou les équipes engageaient des pilotes à la pelle… Ainsi, en 1950, sur les 7 courses de la saison, pas moins de 121 pilotes se seront affrontés (relativisons car près de 100 pilotes roulèrent à Indianapolis, qui, rappelons le, était considéré comme manche du championnat du monde de Formule 1). Revenons aux rivaux. Cette année, ils sont trois : Liugi Fagioli, italien de 52 ans ; Juan-Manuel Fangio, un argentin de 39 ans et enfin Guiseppe Farina, un autre Italien âgé lui de 44 ans. Ces pilotes remporteront 6 des 7 manches de l’année - La course d’Indianapolis étant remportée par Johnnie Parsons - et sont dans la même équipe, la glorieuse Alfa Romeo. Il y a 57 ans, les pilotes sont moins échaudés, et finalement, aucune tension n’est a signaler dans l’équipe Italienne, ainsi, en 1951, le même trio est recomposé chez Alfa (qui compte cette année là non moins de 8 pilotes, contre 6 en 1950…). Cependant, le classement de 1950 ne revient pas (Farina, Fangio, Fagioli), les trois F finissant plus loin, bien que Fangio remporte son premier titre, Farina n’est que 4eme et Fagioli 11eme. En 1952, Fagioli se tue à Monaco sur une Lancia durant une course de voitures de sport, Fangio est parti chez Maserati, Farina chez Ferrari, s’en est fini des trois F… Mais pas question pour autant de clore ce chapitre des 50’s, en effet, Farina se retrouve avec Alberto Ascari, en F3 (la F1 n’existant plus tout à fait en 1952-1953 et cohabitant avec les F3). Une nouvelle fois, la rivalité se fait sur la piste, mais sans violence, bien sûr. Les deux pilotes Ferrari finissent aux 2 premières places, Ascari étant sacré devant… Taruffi, un autre Italien, Fisher, un suisse et Hawthorn, le britannique, tous de la Scuderia ! Mais la rivalité chez Ferrari ne durera qu’une saison, à partir de 1953, les Maserati reviennent… Maserati et le combat Fangio-Moss, qui tourne court. Moss finit derrière l’Argentin. Mais Fangio trouve un adversaire à sa taille, en 1956, avec Peter Collins, qui décide, à la surprise générale, dans le dernier GP, alors qu’il peut être sacré, de donner sa voiture à son équipier Argentin. Il déclara « j’ai le temps pour gagner le titre ». Bien mal lui en pris, Peter se tue en 1958, sans avoir pu savourer un titre qu’il méritait… Les duels fratricides dans les années 1950, ont-ils vraiment eu lieu ? Les duels oui, les attaques, non…
Nous retrouvons nos amis les pilotes en 1961, année ou les pilotes Ferrari Wolfang Von Trips et Phil Hill vont se livrer une bataille aux points. Alors que Von Trips, jusqu’alors transparent se métamorphose en vainqueur, Hill a du mal à réagir, et le championnat semble attribué pour l’Allemand… Sans la tragédie de Monza, le 10 Septembre. Von Trips perd le contrôle de sa voiture après un accrochage avec la Lotus de Jim Clark, elle va s’envoler sur un talus, fauchant 14 spectateurs. La Scuderia ne participe pas à la dernière course. Celui qui aurait pu être le premier champion allemand n’est plus. Jusqu’en 1967, les championnats sont plus ou moins disputés, mais jamais entre équipiers… Arrive alors Hulme et Brabham, dans l’équipe de ce dernier. Bien que Hulme soit en tête tout le long de la saison, Brabham revient fort, mais au Mexique, la victoire de Jim Clark offre le titre au britannique, titre mérité.
Le reste de la décennie sera disputé, mais les luttes internes disparaissent progressivement, jusqu’à 1979… La scuderia Ferrari aligne deux pilotes : Gilles Villeneuve, prometteur, rapide et Jody Schekter, l’insolent et hargneux sud-africain. La firme Italienne débute mal la saison, mais Villeneuve prend la tête, puis Schekter. Le Canadien revient, mais il aura finalement manqué une course pour que Villeneuve prenne le dessus. Schekter s’impose, au grand dam de son équipier. Le mal est fait.
En 1981, la lutte est chez Williams. Jones et Reutemann s’affrontent, le Brésilien refusant de laisser gagner son Australien et champion d’équipier au Brésil, les pilotes s’affrontent et finissent par ne plus se parler, alors qu’ils laissent filer Piquet vers le titre… Les trois premiers en 4 points seulement. 1982. Chez Ferrari, Villeneuve et Pironi sont associés suite aux départs de Schekter et d’Arnoux. Les deux pilotes se livrent une lutte sévère. A Imola, piquet passe Villeneuve, cassant un contrat les liant. Ils ne s’adressent plus la parole, et une lutte à mort s’engage… A mort, malheureusement. En Belgique, durant les essais, Villeneuve, voyant que Pironi réalise le meilleur temps, refuse de retourner aux stands, et, voulant battre son équipier, va percuter la pauvre Jochen Mass. La voiture du Canadien s’envole. Un ange est parti. Et la saison n’est pas finie. Pironi, tout de même décidé a continuer, fait rapidement le deuil de son équipier, mais cale au départ du Canada, il est percuté par Paletti. Le pilote Italien va finalement décéder des suites de ses blessures… Pironi finira lui sa saison à l’hôpital, après un sévère accident en Allemagne, qui, lui aussi, aurait pu lui coûter la vie. Après une saison 1983 disputée, 1984 voit la consécration d’un grand champion… Niki Lauda, pour un demi point ! La lutte chez McLaren est courtoise, les pilotes s’entendant bien. Prost domine la première moitié de saison, mais le retour de Lauda est fulgurant : Alors qu’il n’a marqué que 24 points en 9 GP, l’Austrichien en marque 48 sur les 7 dernières courses. Prost a beau se défendre, rien ne peut empêcher Niki Lauda de remporter la course et le titre à Estoril, devant Alain Prost et le prodige de la saison… Un Brésilien nommé Senna. Prost remporte coup sur coup les championnats 1985 et 1986. En 1986 la lutte est chez Williams, entre Mansell et Piquet, d’abord afin de contrer Prost, puis pour gagner le championnat… Rien ne se passera comme prévu : Mansell prend le large, mais est rattrapé par Prost et Piquet au dernier grand prix. Les relations tendues entre le teigneux Brésilien et le sympathique Britannique n’arrangent rien. Prost remporte le titre au dernier GP, pendant que Mansell abandonne mais conserve la deuxième place du championnat alors que Piquet finit second. La saison suivante, la paire est reconduite chez Williams… L’ambiance est exécrable. Si Piquet domine plutôt bien au championnat, il lui faut attendre Suzuka pour remporter le titre et quitter Williams, alors que Mansell est victime d’un terrible accident, Piquet se contentant de déclarer « Evidement, gagner le championnat ainsi n’est pas ce qu’il y a de mieux », tout en gardant un sourire au coin…
Il est nécessaire d’ouvrir un nouveau chapitre pour ce qui va suivre. En 1988, Ayrton Senna quitte Lotus pour McLaren, où il rejoint Alain Prost. Au départ au beau fixe, les relations vont progressivement se détériorer. Le premier clash survient à Imola, seconde course de l’année : Prost accuse Senna de l’avoir doublé alors qu’ils s’étaient mis d’accord : celui qui passait en tête au premier virage y restait jusqu’au bout. A Monaco, Senna, voulant donner une leçon à Prost, commet une erreur et se plante dans le rail a quelques tours du but et alors qu’il a presque un tour d’avance sur le Français. Les vainqueurs alternent : Prost, Senna, Prost, Senna… Puis Ayrton remporte quatre courses d’un coup, dont deux sous la pluie. En Italie, Prost casse son moteur, alors que Senna s’accroche avec Schlesser dans le dernier tour, « offrant » le doublé à Ferrari, quelques jours après la mort d’Enzo Ferrari. Prost reprend le commandement au Portugal. Trop tard ? Non, car il enchaîne les victoires, et au nombre de point, devrait remporter le championnat, mais sur les 16 courses, seuls les 11 meilleurs résultats comptent, et Prost passe de 105 à 87 points, alors que Senna passe de 94 à 90 points. Le Brésilien est champion. Prost, dépité, prépare sa revanche. Prost gagne sa première course au Mexique, alors que Senna a déjà 3 succès à son actif, mais le Français profite des nombreux abandons du Brésilien pour prendre le large. La cohabitation étant devenue impossible, Prost craque : il décide de partir chez Ferrari en 1990. Mais il reste déjà a finir la saison 89… Pendant que Prost sacre McLaren à Monza, Senna abandonne. A l’issue du Grand prix d’Espagne, Senna n’a plus le choix : avec 16 points de retard sur son équipier, il doit gagner les deux dernières courses, et Prost doit marquer un minimum de points. Arrive alors ce Grand Prix du Japon, à Suzuka : alors que Senna revient sur lui, Prost braque et expédie le Brésilien dehors. En effet, on voit bien sur les images prises par la télévision, que Prost tourne bien avant le point de corde : acte prémédité ou défense soudaine ? Nous le ne le saurons probablement jamais, mais plutôt que de revenir sur cet incident, continuons : Senna repart, et remporte ce Grand Prix, mais la FIA, par l’intermédiaire de J-M Ballestre, le déclasse. Prost est sacré champion du monde. La cohabitation chez McLaren se termine au virage de Casio Triangle, le 22 Octobre 1990, 15 jours avant la fin de la saison, à Adélaïde. Le plus beau duel de la F1 ne s’arrête pas ici (Acte prémédité de Senna en 90, Véto de Prost chez Williams en 93…).
En 1996, l’équipe Williams-Renault aligne deux pilotes : l’expérimenté Damon Hill et le jeune vainqueur des 500 miles d’Indianapolis 1995, Jacques Villeneuve, le fils de Gilles. Bien que Hill domine et soit en tête du championnat sur les 16 courses, le Canadien fait forte impression, et remporte 4 courses. Cependant, Villeneuve, grâce aux problèmes rencontrés par le britannique en fin de saison, revient sur lui, mais avec 9 points de retard à l’entame du dernier Grand-Prix au Japon, le titre semble promis à Hill. Damon remporte le Grand Prix et le championnat. C’était le dernier grand duel interne avant aujourd’hui.
Depuis 1950, de nombreux championnats ont été serrés, la plupart entre pilotes d’équipes différentes. Malgré tout, il est arrivé à plusieurs reprises que les pilotes d’une même équipe s’affrontent pour le titre, et ce dès les origines de la F1. Duels de guerriers, duels de gentlemans, duel sur piste, duel hors piste… Fernando Alonso et Lewis Hamilton, conquérants d’aujourd’hui, héritiers d’une longue tradition, en sport automobile, en sport.
Coyote37
Photos : F1-facts
Tags: Alonso, F1, Fangio, Ferrari, Hamilton, Indianapolis, McLaren, Moss, pilote, Prost, Renault, Senna

